Compte rendu de la conférence du 20 mars

 Marie Noëlle POSTIC et Julien SIMON
                     
Juifs en Bretagne pendant la Guerre 

Marie Noêlle POSTIC et Julien SIMON, tous deux d'origine bretonne,
sont venus nous parler de leur engagement dans la lutte contre le déni
de mémoire.
Leur méthode de travail est parallèle : recherche dans les Archives 
pour Marie Noëlle POSTIC et enquêtes sur ces « lambeaux » de
l'Histoire pour Julien SIMON.
Mais, tous deux privilégient leurs rencontres avec les témoins, malgré 
les réserves que cela implique.
            
Marie-Noëlle POSTIC, après trois ans d'enseignement des Lettres, entre
au C.N.R.S, à l'« Institut de Recherches des Sociétés Contemporaines ».
Elle est donc littéraire et Sociologue.
En 2007, elle publie son premier livre «  Sur les traces perdues d'une 
famile juive en Bretagne » aux édition COOP Breizh.
Après une approche historique de la Bessarabie, l'auteur dépeint une 
Roumanie de l'« entre deux guerres » où « la citoyenneté des Juifs est
remise en question dès 1923 avec une extrême violence.
C'est ainsi qu'en 1927, Ihil Perper décide de partir  pour la France. 
Il suit les cours de la Faculté de Nancy grâce au statut privilégié
accordé aux étudiants roumains.
Rejoint par Sonia, son épouse, il pense trouver refuge à Brasparts,
un village des Monts d'Arrée où il exerce durant quelques années.
Il seront assassinés au camp d'extermination de Sobibor en mars 1943.
C'est de l'itinéraire tragique d'un famille juive parmi les 76000 Juifs 
déportés de France, dont nous parlent Maie-Noëlle POSTIC dans
son livre et Julien SIMON dans sa pièce «  La Vie comme la Vie »
qui est le prolongement théâtral du livre.
Julien SIMON est comédien et auteur dramatique.
Sa pièce relate l'arrestation brutale, en pleine nuit,  de cette charmante 
famille Perper, pourtant si bien intégrée.
 La pièce, jouée à deux voix, s'ouvre sur un inventaire fictif de menus
objets, témoins des derniers instants de vie et de bonheur de la
famille Perper ...L'indicible est devant nous.
A sa mise en scène, Julien SIMON adapte un arrière plan vidéo, 
montrant la maison de Brasparts et les splendides paysages des
Monts d'Arrée. Puis, il transporte sa camera à Beramcea,
le village natal de Sonia Perper, devant la stèle érigée sur les lieux
du génocide.
«  Vieilles femmes....enfants...fusillés, abandonnés sans sépulture.
C'était l'été 1941 ». Des mots humbles d'un vieil homme pour raconter
la «  Vérité ».
Dans l'oeuvre de Julien SIMON, «  La Vie comme la Vie » est le dernier
volet d'une trilogie dénonçant tout déni de mémoire, sans distinction
de lieux ni d'époque.
Cette trilogie obtint le prix du « Centre National du Théâtre » 
catégorie Dramaturgie Plurielle.
En 2013, Julie SIMON monte la version radiophonique de la pièce pour 
la Radio Télévision belge. Un film sur « La Vie comme la Vie » est
en cours de montage.
Catherine Bronstein en est la réalisatrice.
 Quelques mots sur le second livre de Marie-Noêlle POSTIC.                 
« Des Juifs dans le Finistère sous l'Occupation »,            
Deux ou trois choses que l'on sait d'eux » 
Edition Coop Breizh
Ce livre nous surprend par sa singularité.
Singularité sur le fond : le regard de l'auteure se situe en amont des 
déportations. Ce décalage temporel lui permet d'ancrer les morts dans
le monde des vivants pour qu'ils aient droit au « non-oubli ».
C'est la revendication majeure de son livre.
 Singularité dans la polyphonie de l'écriture. L'ouvrage est entrecoupé 
de pauses, de respiration  le temps d'une réflexion, d'une mise
à distance.
 Singularité enfin dans le rythme, surtout ver la fin du livre : 
une succession de passages brefs précédés d'un numérotation
exponentielle, évoque l'engrenage mis en place par Vichy.
La lecture se fait oppressante.
Nous ne pouvons passer sous silence l'empathie palpable tout au long 
du livre. Marie Noëlle POSTIC ressent l'abomination des 49 déportations
 de Juifs du Finistère, souvent anonymes, et parfois reconnus et estimés
dans leurs vies sociales ou professionnelles.
Elle partage la « douloureuse dérision » de Max Jacob lors de son 
arrestation :
« Heureux crapaud, tu n'as pas d'étoile ». dans son poême 
« L' amour du Prochain »,
Dans son face à face muet avec les déportés, elle semble vouloir 
demander justice et réparation. C'est ce qui fait dire que ce livre est
à hauteur d'homme.
Julien SIMON et Marie- Noëlle POSTIC ont fait Oeuvre de mémoire.
Ils ont accompli un prodigieux et précieux travail mémoriel.

Ce fut une conférence à deux voix dense et émouvante.

Hélène